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Peut-on encore parler de Moby Dick (1851)? Peut-on d'ailleurs encore parler – sans se ridiculiser -  des grands chefs d'œuvre « classiques » de la littérature mondiale ? Du Don Quichotte, de la Divine Comédie, des Misérables ou de Guerre et Paix ? Tout a déjà été dit, et souvent mieux que ne nous ne saurions le faire... Alors ?

 

Alors tant pis ! Je voudrais tout de même témoigner de l'enthousiasme que j'ai éprouvé lors d'une relecture récente de Moby Dick, relecture dans une édition et une traduction assez anciennes, fruit d'une rencontre de hasard (les plus belles !) chez un improbable bouquiniste. La traduction de ce roman, on le sait, fait problème dès sa première phrase (le désormais fameux « Call me Ismaël »), et on se souvient aussi que ce texte avait fasciné Jean Giono qui, assisté de Lucien Jacques et de Joan Smith, en livra sa propre traduction (en réalité une réécriture très controversée et pourtant admirable). Ce récit a donc été traduit, adapté, mis en scène, enregistré, interprété, résumé, analysé ; pourtant la séduction qu'il exerce résiste à toute manipulation.

 

C'est d'abord une affaire de souffle (sans jeu de mot, s'agissant de l'histoire d'un cétacé...), et d'images fortes : celle, au début de l'aventure, du capitaine Achab exalté clouant au mât un doublon d'or, à laquelle fait écho à la fin de l'aventure, l'image d'Achab, lui-même « cloué » sur son ennemi intime Moby Dick. C'est une affaire de clous de douleur (allusion à d'autres), car Achab est, comme l'aurait dit Montherlant, « crucifié sur lui-même ». C'est aussi une affaire de style, bien sûr, tour à tour précieux, familier, technique, littéraire, recueilli ou grandiloquent : peu d'auteurs proposent à leur lecteur une palette de sentiments aussi large et riche en couleurs ou en émotions. C'est enfin (mais pas seulement) une histoire, une aventure, une évasion, un dépaysement assuré, une quête éperdue que l'on sait sans issue.

 

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A une époque de fausses urgences, de vaine célérité et de navrante superficialité, l'imposant volume de Moby Dick (à nouveau sans jeu de mot....) peut effrayer le futur lecteur : 489 pages bien denses dans l'édition citée ci-dessus !

  

Pourtant il faut oser le corps à corps avec ce texte brutal. On peut aussi l'écouter (adapté par Rémi Simon et lu par Jonathan Cohen aux éditions Thélème, 2008), le lire à ses enfants (disponible chez Rouge et Or, 2008), le suivre en BD (adapté par Jean Rouaud pour le dessin de Denis Deprez, chez Casterman, 2007 : ah ! le regard effaré d'Achab sur la couverture !) ou le savourer à l'écran (film réalisé par John Huston en 1956, sur un scénario de Ray Bradbury, et édité en DVD par MGM home entertainment en 2002 : Gregory Peck y incarne un capitaine Achab au mitan de la vie et de la mort).

 

Moby Dick n'a jamais cessé d'être de notre temps.

 

Moby Dick de Hermann Melville, traduit par Henriette Guex-Rolle, Ed. Cercle du Bibliophile, 1970

  

Découvrez une superbe adaptation de Moby Dick en album pour la jeunesse ici:

 

                                                                                                                           Denis LLAVORI

 

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