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Antonio Moresco 3La petite lumière / Antonio Moresco

(Ed. Verdier, 2014)

 

Les éditions Verdier, dans leur belle collection « terra d’altri », ont récemment proposé un court récit (116 pages) d’Antonio Moresco : « La petite lumière ». Ce livre est une première édition en français (traduit de l’italien par Laurent Lombard) d’un texte de cet écrivain. Né en 1947 (et non 1945, comme annoncé fautivement sur la quatrième de couverture) à Mantoue, l’homme est pourtant l’auteur d’une trentaine d’ouvrages (romans, textes pour le théâtre, récits ou critiques). C’est donc l’occasion, pour le lecteur qui ne lit pas l’italien, de pénétrer enfin dans l’univers de ce romancier réputé et respecté chez nos voisins transalpins.

 

Ce voyage en terre inconnue nous laisse désorientés, troublés mais heureux. Heureux de constater que la littérature peut encore avoir une telle puissance d’évocation, susciter un tel imaginaire. Il ne se passe rien dans ce livre ; rien, sinon l’essentiel : une rencontre. La rencontre improbable d’un homme, solitaire et décidé à vivre loin du monde, et d’un enfant qui occupe – seul lui aussi – une petite maison à l’orée d’une épaisse forêt. Ces deux êtres se rapprochent, s’apprivoisent et se respectent. Antonio Moresco parvient à nous convaincre, sans jamais l’écrire, que cette rencontre n’est pas fortuite. Si ces deux là ne se connaissent pas, ils ne sont pourtant pas étrangers l’un à l’autre. L’ambiance que parvient à créer l’auteur a immédiatement fait remonter à ma mémoire une autre et très ancienne lecture : l’enfant de la haute mer, de Jules Supervielle. Même ambiance triste et sage, même consentement à ce qui est, même sentiment d’inéluctable. Et même émotion aussi : car le lecteur apprend (en page 77) que l’enfant de Moresco – comme la petite fille de Supervielle – est un enfant mort.

 

Qui était cet enfant ? Comment l’homme peut-il le côtoyer, lui parler, le regarder vivre ? Pourquoi cela semble-t-il naturel, évident ? Le dernier des 30 courts chapitres du livre n’apporte pas de réponse, mais laisse le lecteur forger sa propre explication. Et c’est pour cela que j’évoquais la puissance d’évocation et d’imaginaire de la littérature quand, comme ici, elle est grande : nous pourrons être des milliers à avoir lu ce beau récit, chacun en comprendra différemment la fin. Le texte est ouvert, il entre en résonnance avec les souvenirs et le caractère de chacun. Il pénètre notre âme et n’en sortira plus.

 

Lisez ce livre ! Faites-le lire autour de vous, puis échangez avec vos proches vos sentiments sur cet épilogue en forme de mystère. Pour ce qui me concerne, le livre refermé, j’ai songé à cette page écrite en 1937 à Palma de Majorque par Georges Bernanos : « Certes, ma vie est déjà pleine de morts. Mais le plus mort des morts est le petit garçon que je fus. Et pourtant, l’heure venue, c’est lui qui reprendra sa place à la tête de ma vie […]. Après tout, j’aurais le droit de parler en son nom. Mais justement, on ne parle pas au nom de l’enfance, il faudrait parler son langage. Et c’est ce langage oublié. ».

 

 

Denis LLAVORI

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